Un soir de la fin 2016, ma copine Marie va voir un concert de "Crida cie" à Toulouse.
Sa copine Jur est sur scène, le concert commence.
En plein milieu d'une chanson, Jur arrête de chanter. Elle tend l'oreille... un bébé pleure.
"C'est la mienne.... ça me tue".
Et la voilà qui descend, va chercher son bébé puis remonte sur scène, ouvre son corsage et met son bébé au sein, tout en reprenant une chanson... plus douce.
Cette image est à mes yeux magnifique. C'est l'incarnation même de l'expression "Allaiter en public" ! ou plutôt, "allaiter devant un public". Car ce soir là, comment ne pas voir ce qui crève les yeux ?
Que c'est beau cet enfant accroché à sa mère, que c'est naturel, que c'est doux pour les yeux et le coeur.
J'aimerais voir ce "spectacle" à tout les coins de rue, dans tous les cafés, les queues des supermarchés, les salles d'attente. Et je ne suis pas la seule qui devrait voir ce spectacle.
Que font aujourd'hui la majorité des petites filles à qui l'on a gentiment donné un poupon ? Elle leur donne un biberon. Dans la tête de nos enfants, et dans notre tête quand nous étions nous aussi enfants, le biberon est la norme.
Alors je ne vais pas revenir sur le fait que l'allaitement est vraiment ce qu'il y a de meilleur pour les enfants. Le lait maternisé est un pâle substitut qui ne devrait être proposé que dans les cas médicalement encadré de souffrance maternelle ou de précocité, de la même manière qu'on ne devrait pas proposer une césarienne "de confort". Je vous en ai déjà parléici et ici.
Pour changer cette image, nous avons besoin de figures maternelles fortes, comme Jur, pour briser ce tabou de l'allaitement en public. Pour changer la donne, nos enfants (et pas que) doivent avoir des images de bébés et d'enfants allaités autour d'eux.
Arrêtons de nous cacher, si nous le sentons, si c'est possible pour nous. Soyons fière de ce que nous faisons, car il y a de quoi ! Changer le monde c'est un bien beau défi !
C'est par exemple ce que Ashley tente de faire en publiant sur son profil Facebook des photos d'elle allaitant en public. Elle dénonce les pressions dont elle est victime.
Avez-vous remarqué la curiosité naturelle qu'ont les enfants à la vue d'une maman donnant le sein à son bébé ? Je suis toujours étonnée de la distance qu'il peut y avoir avec le regard de certains adultes, révoltés ou qui se sentent agressés par cette image.
Il est inconcevable d'être reçue comme cette mère dans un commissariat qui a été insultée et mise à la porte parce qu'elle demandait une chaise pour allaiter son fils de deux mois. "Vous n'allez pas imposer ça aux gens !" voilà ce qu'elle s'est entendue dire sur un ton très agressif, avant de devoir quitter les lieux.
Je trouve honteux que les personnes qui doivent protéger la population se permette de mettre à la porte une famille sous prétexte d'exhibition ?
Si comme moi vous êtes indigné par ce comportement, je vous invite à signer la pétition ici.
Pour que l'allaitement redevienne la norme.
Un grand merci à Marie pour sa contribution à cet article, et par la même occasion, à Jur pour cette magnifique preuve d'amour qu'elle a donné à son fils.
Addendum du 10/05/2017 : Youhou super nouvelle !!!
A l'occasion de la journée de la non violence éducative qui a eu lieu hier, le journal le monde propose un article* qui reprend l'état législatif de la France à propos des châtiments corporels.
Cet article, étayé par les propos de Catherine Dumonteil-Kremer, qu'on ne présente plus, montre combien aujourd'hui encore, les mentalités méritent d'être changées !
Les parents ont besoin de soutien pour apprendre comment faire autrement.
Nous avons vu dans un article précédent les différentes formes de violences. Puis je vous ai parlé des résultats et des conséquences de la violence pédagogique.
J'aimerais maintenant que nous parlions des raisons qui parfois nous poussent à utiliser cette violence à l'encontre de nos enfants :
Pourquoi sommes-nous violents avec notre enfant ?
A mon avis c'est la plupart du temps lié à la peur.
Je vous propose quelques pistes ci-dessous. Lorsque nous sommes violents avec un enfant, il est possible que ce soit :
Pour le redresser
Parce que depuis longtemps, on nous dit que les enfants sont des voyous, des vauriens. Ils naissent déjà machiavéliques, faisant caprices sur caprices, tentant de nous manipuler, essayant toujours de tirer la couverture à eux. L'enfant est vécu comme mauvais. Quand on a peur de ce qu'est l'enfant, on imagine que le rôle des parents est de le détruire pour ensuite le reconstruire à l'image d'un "bon" enfant, un enfant sage.
Aujourd'hui pourtant, on sait que la nature de l'enfant est profondément bonne. Les enfants naissent avec un sens aigu de la justice, une empathie énorme. Vers 2 ans, les enfants s'inquiètent quand quelqu'un pleure ou est triste autour d'eux. Ils commentent longuement les pages des livres où un enfant tombe, ils font des bisous au livre pour consoler le bébé qui pleure.
Plus grand, quand on les laisse libre d'exprimer leurs émotions, ils viennent chercher le parents pour qu'il s'occupe du bébé qui pleure, le bébé a besoin de sa maman. Ça, les enfants le comprennent mieux que nous !
C'est la coercition dont ils sont la cible, qui petit à petit les transforment, pour nous faire dire, à l'âge du primaire que "les enfants sont méchants entre eux" quand on parle de la dureté de leur relation à l'école.
Les neurosciences nous apprennent que leur système émotionnel se construit jusqu'à l'âge de 25 ans. Il est donc normal qu'un enfant par exemple de moins de 7 ans n'ait pas -ou peu- d'inhibition (capacité à restreindre son comportement dans une situation donnée) ou qu'il ne puisse pas adapter son langage en fonction de son interlocuteur. Il n'est simplement pas équipé pour !
Quand un besoin se fait sentir, ou que son corps lui signale que quelque chose ne va pas (envie d'uriner, faim, froid mais aussi besoin d'attention, besoin d'évacuer une tension, etc), il va se rapprocher du parent et attirer son attentionsans savoir exactement pourquoi il fait ça. Mais il y a quelque chose d'impérieux qui le pousse à grimper sur les genoux de son père qui veut lire tranquillement, ou à tirer sur la manche de sa mère sans cesse. Le message est "Quelque chose m'alerte en moi, j'ai besoin de toi pour élucider ça".
Pour se faire respecter
Pour asseoir son autorité, il est d'usage de se "faire respecter", comprendre "être violent oralement ou physiquement avec ses enfants pour qu'ils ne nous débordent pas". Cette expression a la même connotation que "ne pas se laisser marcher sur les pieds".
C'est bien connu, vous faîtes de même avec vos amis, vous les punissez, les giflez et leur donnez la fessée ou les humiliez quand ils renversent un verre par maladresse alors que vous les aviez gentiment invités à l'apéro. Bien sur, car sinon ils ne vous respecteraient pas !
Cette confusion est courante. Nous avons peur que nos enfants ne nous respecte pas, et nous avons l'impression qu'en leur imposant ce respect il sera acquis pour toujours. Pourtant, se faire respecter, et donc "être respectable" est une action qui vient par nous et pour nous. Et non dans la coercition d'une dictature du respect.
Apprendre à son enfant à respecter l'autre, c'est être soi-même respectueux. Lui montrer justement comment on ne lui prend pas ce qu'il tient dans la main, comment on ne le touche pas quand il ne veut pas, qu'on ne le tape pas et que rien ne peut justifier la violence, la moquerie, etc. Et la meilleure démonstration que l'on puisse en faire, c'est bien par l'exemple !
Pour être un bon parent
Que vont penser les autres du comportement de mes enfants ? Dans la société actuelle, l'image de soi est devenue primordiale. On s'achète les derniers vêtements à la mode, on a le dernier IPhone, la dernière voiture haut de gamme, pour paraître. La parentalité ne sort pas de ce contexte finalement et nos enfants finissent par être notre "vitrine" de parent. Quand nous sommes de sortie, c'est sur leurs frêles épaules que repose l'image que nous avons l'impression de diffuser autour de nous.
Nous avons même décidé qu'il serait pilote d'avion ou président de la république, car cela a toujours été notre rêve a nous...
Si nous ne "tenons" pas nos enfants en public, nous avons peur de véhiculer l'image de mauvais parents. Or, les expériences en la matière montrent que la plupart des gens qui vous regardent pendant que votre petit dernier se roule par terre à la caisse du supermarché n'ont pas d'exigence particulière à votre égard. Et il parait que certains se disent, en pensant à vous, "la/le pauvre !". Et d'autres se demandent même comment ils pourraient vous aider ! Posez-vous la question : comment réagissez-vous quand vous voyez un enfant hurler dans un lieu public ?
Nous sommes responsables de la sécurité et de la protection de nos enfants. Mais pas de l'image qu'ils véhiculent. Nous ne sommes pas nos enfants.
Il y a actuellement un courant de pensée assez fort qui dit qu'un enfant ne peut se développer qu'en rencontrant des limites. Et que si nous ne donnions pas de limites à nos enfants, il serait perdus, instables, et mettraient en route des stratégies pour aller rencontrer les limites de leur cadre. Encore une histoire de peur. D'après mes recherches, c'est vrai et c'est faux. Je laisse Isabelle Filliozat vous expliquer cela, elle le dit tellement bien !
Autrement dit, les seules limites qu'un enfant doit rencontrer, ce sont celles des autres. Inutile de lui fixer des limites supplémentaires pour qu'il se sente bien, par contre il serait intéressant d'indiquer clairement vos propres limites, et pour cela, de bien les connaître. Quelles sont vos limites ? Les respectez-vous ? Les faîtes vous respecter ? Respectez-vous les limites de vos enfants vous-même ?
Parce que ça ne nous a pas tué
«Donner une petite tape de temps en temps à sa femme n’est pas dramatique. La plupart du temps, on ne fait pas exprès, c’est sous le coup de la colère, d’une bravade de sa part. L’important est de ne pas frapper trop fort, et que cela ne devienne pas systématique.»
Cette phrase semblera choquante dans notre société actuelle. Et pourtant, remplacez le mot femme par enfant, et c'est une phrase que vous auriez pu entendre à la sortie de l'école.
La banalisation des actes de violences est un acte grave. Il nous permet de nous auto-justifier d'actes que souvent nous sentons en notre fort intérieur comme injustes.
Cet exemple est tiré d'une interview d'Olivier Maurel dans libération, dans un article de la semaine dernière. Je vous invite à le lire en intégralité ici. J'en profite pour remercier Patricia de me l'avoir transmis !
Nous avons ce sentiment, renforcé par un fameux proverbe, que "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". Hors, c'est faux (voir dernier paragraphe de l'article précédent) et c'est même prouvé par la science.
Imaginons que vous ayez acheté un cerisier, en pot. Un arbrisseau encore. Iriez-vous le planter au fond du jardin en décembre, exposé aux intempéries sous prétexte que ça le rendra plus fort ? Non bien sur, vous le garderiez bien au chaud, vous amenderiez sa terre, vous l'arroseriez régulièrement. Et si votre bel arbre montrait quelques feuilles jaunies, cessait de croître ou tout autre problème, vous n'auriez pas l'idée de vous en prendre à lui en disant que décidément il le fait exprès ! Non, vous le déplaceriez ou changeriez vos habitudes avec lui. Vous vous diriez que l'environnement n'est sûrement pas propice à son épanouissement.
Et lorsque votre arbre aurait suffisamment grandit et serait devenu suffisamment fort, alors vous le planteriez dans le jardin, dans un endroit propice, à un moment propice, pour qu'il continue de se développer harmonieusement, qu'il devienne beau à regarder et qu'éventuellement il vous donne de beaux fruits. Alors il sera capable d'affronter les intempéries, parce qu'il aura pu grandir dans un milieu favorable.
Pourquoi alors avoir des attentes différentes avec les enfants ? Par quel biais l'homme a t-il imaginé être différent de la nature dans laquelle il a évolué depuis des millénaires ?
La banalisation est aussi un moyen de justifier les actes de nos parents. J'entends souvent comme argument : "Une petite claque de temps en temps, ça ne fait pas de mal, ça remet les idées en place. Et puis moi, ça ne m'a pas tué !".
Certains sous-entendent même que c'est leur faute, qu'ils étaient des enfants difficiles, qu'ils l'avaient bien mérité...
Lorsqu'un enfant reçoit de la violence de la part de ses parents, il va mettre un voile dessus, car il est absolument et complètement dépendant d'eux, au moins jusqu'à l'adolescence. Comme les parents ne peuvent être responsables de cette violence (sinon l'enfant se rebellerait voire tenterait de s'éloigner d'eux alors qu'il ne peut pas) alors c'est bien lui qui en est la source et il s'attribue la faute. Puisque les parents me montrent que je suis un mauvais enfant, alors c'est que je le suis. Les parents ont toujours raison.
Bien des psychothérapeutes vous diront combien il est difficile pour un adulte de reconnaître que les traitements infligés par ses parents, quels qu'ils soient, ont été déplacés, violents, humiliants voire handicapants dans leur vie d'adulte.
Et pourtant, reconnaître cette violence reçue, ce n'est ni accuser ni pardonner à ses parents. Mais c'est bel et bien se donner la possibilité de ne plus reproduire avec ses propres enfants ces comportements blessants.
Pour ne pas en faire un enfant roi
Encore une belle (?) illusion que celle d'imaginer qu'un enfant n'ayant pas reçu de violence serait -ou sera- un enfant roi. Cela rejoint l'idée d'un enfant mauvais dès sa naissance (voire même avant, dans le ventre de sa mère !), mais aussi l'idée de limites.
Au delà de ça, il y a ce sentiment parfois que les parents qui ne corrigent pas leurs enfants (le terme est révélateur) sont laxistes. Et quand on est assailli par une bouffée d'autoritarisme, souvent c'est parce que tout à coup on a peur d'être laxiste.
Il y a une différence certaine entre être autoritaire et être autoritariste. Je vous laisse lire à ce sujet cet article qui explique parfaitement cette différence d'après moi.
Faire de l'autoritarisme, c'est être méfiant, liberticide et destructeur, c'est se grandir soi. Être autoritaire est basé sur la confiance, sur le respect de soi et des autres. C'est faire grandir l'autre.
Parfois, les parents sont pris dans un schéma qui se répète inlassablement : après avoir été "dur" avec son enfant, le parent se culpabilise, se radoucit, et libère son enfant des contraintes. Au bout d'un moment, voyant son enfant aller de plus en plus avant, enfreignant les règles, le parents ronge son frein, prend peur, puis se ravise et se met à hurler tout à coup, punissant, envoyant dans sa chambre un enfant désorienté.
C'est le cercle vicieux laxisme / autoritarisme qui s'installe. L'enfant ne sait plus quel parent il va avoir face à lui. Il ne sait plus quelles sont les règles, ni ce qu'il a ou non la possibilité de faire. L'environnement de l'enfant devient instable, il perd confiance en son parent. Ce schéma est éprouvant pour toute la famille et il faut absolument en sortir.
Par pulsion / épuisement
Oui mais voilà, en sortir n'est pas si simple. Et même parfois être bienveillant est impossible. Parce qu'on en peut plus, parce ce qu'on a d'autres soucis, parce que la petite dernière ne dort pas et nous réveille toutes les deux heures...
Parfois les enfants sont juste insupportables, on a envie de partir très loin, de ne plus les entendre ni les voir, parce que tout ce qu'ils font nous donne envie de les jeter par la fenêtre. (Comment ça ça sent le vécu ?)
A mon avis, l'épuisement est une des causes majeures de la violence parentale. Simplement parce que nos rythmes de vie ne sont pas adaptés à notre physiologie, parce que les parents sont seuls à élever leurs enfants à présent, qu'ils travaillent tous les deux toute la semaine, et que le soir vite vite il leur tarde que les enfants soient couchés pour pouvoir se retrouver un peu en couple.
De l'autre côté, les enfants passent de longues journées à l'école ou au centre, sont dans le bruit, la discipline toute la journée et le soir quand ils rentrent ils ont envie de jouer (et pas de faire leur devoir) de se détendre et de passer du bon temps avec leurs parents.
Dès lors que les besoins sont antinomiques on peut imaginer à quel point l'ambiance peut-être électrique tous les soirs de la semaine. Quand au matin, n'en parlons pas, nous sommes dans le comble de l'anti-physiologique.
Quand on ne parvient plus à réfléchir à force d'épuisement, comment peut-on imaginer pouvoir être bienveillant avec son entourage ?
Et puis parfois aussi, nous ne savons tout simplement pas comment faire autrement. Parce que le seul modèle que nous avons reçu, c'est la violence éducative, ou tout au contraire, parce que nos parents étaient dans le laxisme et que nous nous sommes jurés de ne pas faire comme eux.
Quand nos propres besoins entrent en concurrence avec ceux de nos enfants, quand le combat s'engage entre eux et nous et que nous devons gagner. Alors nous retournons à nos anciens schémas de pensées et nous crions, punissons voire frappons.
A suivre ...
Si tel est votre cas, si vous avez envie de changer l'ambiance familiale, je vous invite vivement à lire mon prochain article, dans lequel nous verrons que OUI c'est possible de faire autrement, et de comment faire, quels outils, quels livres, quels ateliers, quels auteurs...
Dans cet article, je vous parlais des différentes formes de violence. D'abord la maltraitance, puis la violence qui ne laisse pas de trace, celle qui passe par les gestes mais aussi souvent par les mots.
C'est cette dernière que l'on appelle "Violence éducative" car les parents en font un outil éducatif.
Cette manière d'éduquer les enfants provient peut-être du fait que, pendant longtemps, les humains ont vu leurs petits soit équivalents à "une page blanche" sur laquelle tout restait à inscrire, soit comme de vilain petit diablotin, manipulateurs, capricieux, qui voulaient marcher sur la tête de leur parents et qu'il fallait absolument redresser.
Qu'en est-il des résultats d'une éducation qui "redresse" l'enfant, qui le contraint d'entrer dans un moule et d'adopter des attitudes "pour son bien", une éducation coercitive ?
Quels sont les résultats d'une éducation violente ?
A court terme :
Quand un parent lève la main sur un enfant, qu'obtient-il ?
La plupart du temps, un mouvement de recul (si cela c'est déjà produit), un bras levé en guise de protection. L'enfant ne déguerpi que rarement. La plupart du temps, il laisse le coup tomber.
C'est la peur qui le tient, la sidération aussi, peut-être la surprise. Ensuite vient la tétanie. L'incapacité à se rebeller contre ce geste car il vient de ses parents, des personnes dont il dépend complêtement. Il ne peut pas fuir.
Ensuite vient la douleur, physique ou morale dans le cas d'un hurlement, d'une punition ou d'une humiliation. Puis les pleurs et peut-être la colère.
Ensuite vient éventuellement la soumission,
A moyen terme :
J'ai vu le week-end passé le film "Papa ou maman". On y voit le papa "jouer" au paintball avec son fils, le toucher, le faire tomber, puis à bout portant lui tirer à plusieurs reprise dans les jambes. Le soir la mère voit les bleus sur les jambes de son fils et lui demande "Mais il l'a fait exprès ?" et le fils de répondre "Euh non, j'crois pas".
Bien sur ce n'est qu'un film... mais parfois la réalité est bien pire que la fiction.
L'enfant va nier la violence reçue, et cela pendant plusieurs dizaines d'années, parce qu'il est entièrement dépendant de ses parents et donc, s'il reçoit cette violence, c'est qu'il l'a entièrement méritée. Ce sentiment est bien renforcé par la parole du parent :
"Tu verras quand tu auras des enfants tu comprendras"
"C'est pour ton bien que je fais ça"
"Ca me fait plus de mal qu'à toi"
Cela va également renforcer le sentiment que l'enfant est mauvais, méchant, qu'il doit être "redressé" par ses parents. Et puis comme les parents ne mentent jamais puisqu'ils dénoncent le mensonge comme étant mal, l'enfant va croire ses parents, il va croire qu'il est foncièrement méchant / maladroit / insupportable / égoiste / etc.
Par la suite, il pourra avoir tendance à se conformer à cette image qu'il lui est suggérée et la valider par ses actes.
Dans le film "BIS" sorti il n'y a pas longtemps non plus, on voit Gerard Darmon dire à son fils interprêté par Franck Dubosc qu'il est fier de lui. Franck retorque alors "Mais tu dis toujours que je suis un bon-à-rien" et son père dit quelque chose comme "mais non, ça ne veut rien dire, je suis fier de toi". Quelques instants après, le fils annonce qu'il a loupé son bac, et le père de répondre "Bon-à-rien, t'es vraiment qu'un bon-à-rien !". J'ai beaucoup aimé ce film, où l'on perçoit d'après moi de manière assez nette la façon particulière dont nous nous adressons à nos enfants, car les enfants sont joués par des adultes (Franck Dubosc et Kad Merad) mais vu comme de jeunes adolescents par le reste du monde.
C'est assez choquant de les voir se faire punir, giffler, sermoner, juger. D'ailleurs, la plupart du temps, leur réaction est souvent celle d'adultes indépendants : Ils vont justement réagir (bien plus fort que des ados), se mettre en colère, revendiquer leur autonomie. C'est ce décalage qui constitue le ressort humoriste de ce film. Par ailleurs, Franck Dubosc devenu adulte valide l'étiquetage ("bon-à-rien") posé par son père...
L'enfant va donc se soumettre mais cependant, pour éviter les punitions, les coups, les injures et les hurlements à l'avenir, il va mettre en place des techniques d'évitement, mentir et surtout se promettre de ne plus se faire reprendre la main dans le sac !
En réalité, il y a bien un apprentissage lié à la violence, c'est l'apprentissage de l'évitement.
Il peut aussi, tout au contraire, se juger méchant et penser que les punitions des parents ne sont pas suffisantes. Il va donc s'auto-punir, voire se mutiler.
A long terme :
L'adolescent n'a plus peur de ses parents, il a acquis de la force et bien souvent les dépasse en taille : il devient incontrôlable. Nous pouvons l'entendre chaque jour dans les actualités. Il perd confiance en ses parents, il se rend compte qu'ils lui mentent parfois, il ne croit plus aux valeurs des adultes autour de lui et peut aller chercher ailleurs d'autres règles du jeu.
A son tour, il sera plus ou moins violent avec ses enfants, mais aussi avec sa femme / ses amis / son entourage, sans jamais se sentir comme tel.
Pour conclure sur les résultats, je dirais que les enfants font ce qu'on leur montre, et pas ce qu'on leur dit :
Quelles sont les conséquences d'une éducation violente ?
Les conséquences physiologiques
Nous l'avons vu tout à l'heure, pour contraindre l'enfant, le parent utilise sa supériorité (physique ou mentale). Cela engendre en premier lieu la peur chez l'enfant.
Physiologiquement à quoi sert la peur ? Quand l'affrontement est impossible, que le danger est important, la peur permet à tout mammifère de se protéger contre un danger (réel ou imaginé). Le coeur se met à battre plus vite et le sang descend dans les jambes pour préparer la fuite. L'accuité devient plus forte, le temps s'écoule au ralenti.
S'il ne peut fuir, l'animal peut soit combattre, soit se figer, pour ne pas se faire repérer.
Lorsque aucune de ces solutions n'est possible et que le danger est imminent, le cerveau piège l'information dans le "cerveau des émotions" et coupe la mémoire. On peut alors parler de traumatisme quand des souvenirs enfouis de manière innaccessible donnent lieu à des phobies. C'est une conséquence physiologique de la maltraitance.
Ci-dessous une vidéo indiquant de manière synthétique le fonctionnement du cerveau lorsque c'est la colère qui nous submerge :
Les sciences neurologiques font actuellement des pas de géant et confirment beaucoup de choses sur le fonctionnement du cerveau de l'enfant.
Les conséquences de la violence éducative ne sont pas que physiologiques. Elle laisse des traces dans le psychisme des adultes en devenir.
Par exemple, quand on nie systématiquement les sentiments et les émotions de l'enfant, il finit par ne plus en tenir compte. "Mais non tu n'as pas mal, c'est rien". "Arrête de pleurer comme une fillette, tu es un homme ou quoi ?" "Mais non c'est rien mon chéri, le monsieur est gentil tu vois, n'ais pas peur."
Que se passe t-il quand on ne tient plus compte de ses propres sentiments ? On ne peut plus se fier à son instinct et donc détecter un danger. Un adulte veut vous toucher, vous amener chez lui, vous offrir des bonbons. Quand on a appris à enfouir ses émotions au plus profond de soi, il y a de quoi se sentir déboussolé, voire faire confiance à cet adulte.
Un petit garçon tape sa soeur. La maman arrive et lui donne une tape sur la main : "Arrête de taper ta soeur !". Quel apprentissage peut-il tirer de cette incohérence ? Que les adultes ont le droit de frapper, pas les enfants ? Si les parents maintiennent cette incohérence tout au long de son enfance, comment réagira t-il lorsqu'il se fera racketer par des plus vieux que lui à l'école ensuite ? Sentira t-il qu'il est en droit d'être en colère ? Que c'est injuste ce qui lui arrive ?
Pour Alice Miller, encore une fois, les conséquences de la pédagogie noire vont bien au-delà :
dépression
suicide
délinquance
stress post traumatique
Sur ce dernier point, oui oui vous avez bien lu, une étude a rapporté que certains enfants ayant subi une violence forte présentaient des troubles correspondants à un stress post-traumatique, comme certains soldats ont pu en présenter de retour chez eux après une guerre. Vous pouvez par exemple consulter sur ce point ce document de l'Ovéo dont voici un extrait :
On se méprend
beaucoup sur la notion de traumatisme, qu'on assimile à tort à un événement horrifique et
exceptionnel. [...] Il y a aussi la foule des malheurs ordinaires inhérents à la condition humaine. S'ils
ont été vécus dans un sentiment d'impuissance et de désespoir, ils peuvent eux aussi laisser une
cicatrice douloureuse longtemps après les faits. Tous ceux qui ont eu des parents violents, vécu une
relation pénible, la mort d'un ami ou même un accident le savent bien. Ils ne présenteront pas
forcément tous les symptômes de l'Etat de Stress PostTraumatique » mais « nos recherches nous
montrent qu'à un degré moindre de très nombreuses personnes portent la trace du trauma dans leur
corps
(à suivre...)
Dans un prochain article, nous verrons pourquoi nous sommes violents avec nos enfants. Et bien sûr, nous verrons ensuite comment faire autrement...
Souvent, dans notre langage courant, nous utilisons cette expression pour désigner en réalité un enfant obéissant.
Si je prends la définition du mot ‘sage’ du Larousse en ligne :
Sage : adjectif 1. Qui fait preuve de sûreté dans ses jugements et sa conduite : Avoir la réputation d'un homme sage. 2. Qui se comporte avec calme, docilité : Un enfant sage.
La question se pose : Un enfant sage (docile) devient-il un homme sage (pourvu de sagesse) ?
Et pour commencer à répondre à cette question, je vous en pose une autre :
Mais qu’est-ce que je veux exactement pour mon enfant ?
A mon avis, il y a deux façon de répondre à cette question :
Réponse A : Qu’il soit facile à vivre, poli, beau, intelligent, calme, silencieux, rapide à exécuter mes ordres, aidant au quotidien, rapidement mature et qu’il quitte rapidement la maison avec un métier pour subvenir à ses besoins. (Et en option qu’il rende malade de jalousie nos voisins et nos amis).
Réponse B : Qu’il sache entrer et être en relation avec les autres, suivre son instinct, s’exprimer avec affection, réagir sans disproportion, dominer sa colère, avoir du bon sens, trouver ce qui lui fait du bien, détecter le danger, qu’il ait la volonté de réaliser ses rêves, d’affirmer ses opinions, d’être heureux. En un mot qu’il soit
E-PA-NOUI !
J’aimerais que les deux réponses soient compatibles. J’aimerais pouvoir avoir une vie simple au présent et un enfant épanoui dans le futur. Plus j’avance, et plus c’est évident pour moi que non, ça n’est pas compatible. Du moins pas dans le rythme de vie que nous nous imposons aujourd'hui.
Un enfant docile et obéissant ne peut pas devenir un adulte indépendant.
Un enfant que l’on possède comme un trophée ne peut pasdevenir un adulte qui saura faire ses propres choix et affirmera ses opinions.
La recette pour obtenir un enfant "saaage" (qui corresponde à la réponse A), c’est de le dresser. Ce qu’aujourd’hui on appelle « éduquer » son enfant.
Et encore je dis « dresser », comme l’on dresse un animal, mais sachez qu’en France, au moment où j'écris ces mots, la loi interdit la violence contre les animaux de compagnie, alors qu’elle n’interdit aucune violence à visée "éducative" contre les enfants.
Il s'agit ici de la violence "qui laisse des traces". Celle qui est condamnée par la loi.
Pour mémoire, vous pouvez visionner l'émission "Parents criminels, l'omerta Française" depuis l'émission InfraRouge de France 2 du 22/04/2014 :
Personnellement, je souhaite plutôt vous parler de l'autre violence, la maltraitance, celle qui ne laisse aucune trace physique. Celle qu'Alice Miller appelle "La pédagogie noire". Celle qui a souvent une visée éducative.
Il s'agit de tous les actes ou paroles qui sont dommageables à l'enfant et à l'adulte en devenir. En voici une liste non exhaustive :
la moquerie : "tu vas vraiment sortir habillée comme ça ?"
la violence physique : fessées, gifles, pincements, tape sur la main, sur la tête ou sur toute autre partie du corps...
la violence sexuelle
la punition : "pas de jeu vidéo pour toi ce week-end !"
l'humiliation : "mais qu'il est con ce gosse !"
l'indifférence : faire comme si l'enfant n'est pas là tant qu'il n'a pas fait ce que vous lui demandiez
la culpabilisation : "tu penses vraiment que je n'ai que ça à faire ? Nettoyer tes bêtises ?"
la responsabilisation démesurée : quand l'enfant devient le parent de son parent
le time-out : "va dans ta chambre réfléchir à ce que tu viens de dire !"
la négation des sentiments : "mais non tu n'as pas mal, c'est pas grave".
le chantage : "tu auras du dessert quand tu auras fini ton assiette !".
le chantage affectif: "tu ne voudrais quand même pas me rendre malheureuse ?".
la menace : "tu vas voir quand ton père rentrera !"
Évidemment, nous sommes aujourd'hui des virtuoses en matière de combinaison de violences. Par exemple :
parent : gifle (violence physique) enfant : pleure parent : "tu l'as bien mérité celle là !" (culpabilisation) enfant : crie parent : (la main levée) "t'en veux une autre ?" (menace) enfant : pleure plus doucement parent : "comme si je t'avais fait mal !" (négation des sentiments) enfant : "oui tu m'a fait mal !" parent : "Arrête de geindre, t'es vraiment qu'une chochotte !" (humiliation) enfant : pleure parent : (renversant sa tasse) "tu vois ce que tu me fais faire ?" (culpabilisation) enfant : crie parent : "va dans ta chambre immédiatement !" (time-out)
Jusqu'en 1980, aucun enfant n'était maltraité en France.
Comment ? Ai-je bien lu ? Oui oui, vous avez bien lu. Les martinets, ceinturons et autres joyeusetés réservées aux enfants de l'époque était considérés comme outils pédagogiques (!) et aucune maltraitance n'a été enregistrée jusqu'alors.
1980, rendez-vous compte, c'était hier ! J'étais même née, c'est dire !
En 1977, est créée la Fondation pour l'Enfance. C'est elle qui la première commence à répertorier les violences faîtes sur les enfants.
Justement sur son site, voici un petit historique des droits de l'enfant. On y apprend notamment qu'"infans", origine du mot "enfant", signifiait "Celui qui ne parle pas". Cela résume bien l'idée que l'on s'est faite dans notre société de l'enfant à travers les âges et jusqu'à ce que la convention internationale des droits de l'enfant voit le jour le 20 novembre 1989.
Ce matin j'ai reçu dans ma boite mail les mots pour le dire. Merci Isabelle Filliozat pour cette Newsletter qui exprime exactement ce que je ressens depuis deux jours :