lundi 9 mars 2015

Sois sage... (2)


Dans cet article, je vous parlais des différentes formes de violence. D'abord la maltraitance, puis la violence qui ne laisse pas de trace, celle qui passe par les gestes mais aussi souvent par les mots.
C'est cette dernière que l'on appelle "Violence éducative" car les parents en font un outil éducatif.

Cette manière d'éduquer les enfants provient peut-être du fait que, pendant longtemps, les humains ont vu leurs petits soit équivalents à "une page blanche" sur laquelle tout restait à inscrire, soit comme de vilain petit diablotin, manipulateurs, capricieux, qui voulaient marcher sur la tête de leur parents et qu'il fallait absolument redresser.

Qu'en est-il des résultats d'une éducation qui "redresse" l'enfant, qui le contraint d'entrer dans un moule et d'adopter des attitudes "pour son bien", une éducation coercitive ?
Quels sont les résultats d'une éducation violente ?

A court terme :

Quand un parent lève la main sur un enfant, qu'obtient-il ?
La plupart du temps, un mouvement de recul (si cela c'est déjà produit), un bras levé en guise de protection. L'enfant ne déguerpi que rarement. La plupart du temps, il laisse le coup tomber.
C'est la peur qui le tient, la sidération aussi, peut-être la surprise. Ensuite vient la tétanie. L'incapacité à se rebeller contre ce geste car il vient de ses parents, des personnes dont il dépend complêtement. Il ne peut pas fuir.
Ensuite vient la douleur, physique ou morale dans le cas d'un hurlement, d'une punition ou d'une humiliation. Puis les pleurs et peut-être la colère.
Ensuite vient éventuellement la soumission,

A moyen terme :

J'ai vu le week-end passé le film "Papa ou maman". On y voit le papa "jouer" au paintball avec son fils, le toucher, le faire tomber, puis à bout portant lui tirer à plusieurs reprise dans les jambes. Le soir la mère voit les bleus sur les jambes de son fils et lui demande "Mais il l'a fait exprès ?" et le fils de répondre "Euh non, j'crois pas".
Laurent Laffite Papa violentenfant maltraité 

Bien sur ce n'est qu'un film... mais parfois la réalité est bien pire que la fiction.


L'enfant va nier la violence reçue, et cela pendant plusieurs dizaines d'années, parce qu'il est entièrement dépendant de ses parents et donc, s'il reçoit cette violence, c'est qu'il l'a entièrement méritée. Ce sentiment est bien renforcé par la parole du parent :
  • "Tu verras quand tu auras des enfants tu comprendras"
  • "C'est pour ton bien que je fais ça"
  • "Ca me fait plus de mal qu'à toi"
Cela va également renforcer le sentiment que l'enfant est mauvais, méchant, qu'il doit être "redressé" par ses parents. Et puis comme les parents ne mentent jamais puisqu'ils dénoncent le mensonge comme étant mal, l'enfant va croire ses parents, il va croire qu'il est foncièrement méchant / maladroit / insupportable / égoiste / etc.
Par la suite, il pourra avoir tendance à se conformer à cette image qu'il lui est suggérée et la valider par ses actes.

Dans le film "BIS" sorti il n'y a pas longtemps non plus, on voit Gerard Darmon dire à son fils interprêté par Franck Dubosc qu'il est fier de lui. Franck retorque alors "Mais tu dis toujours que je suis un bon-à-rien" et son père dit quelque chose comme "mais non, ça ne veut rien dire, je suis fier de toi". Quelques instants après, le fils annonce qu'il a loupé son bac, et le père de répondre "Bon-à-rien, t'es vraiment qu'un bon-à-rien !". J'ai beaucoup aimé ce film, où l'on perçoit d'après moi de manière assez nette la façon particulière dont nous nous adressons à nos enfants, car les enfants sont joués par des adultes (Franck Dubosc et Kad Merad) mais vu comme de jeunes adolescents par le reste du monde.
Dubosc face à Darmon

C'est assez choquant de les voir se faire punir, giffler, sermoner, juger. D'ailleurs, la plupart du temps, leur réaction est souvent celle d'adultes indépendants : Ils vont justement réagir (bien plus fort que des ados), se mettre en colère, revendiquer leur autonomie. C'est ce décalage qui constitue le ressort humoriste de ce film.
Par ailleurs, Franck Dubosc devenu adulte valide l'étiquetage ("bon-à-rien") posé par son père...

L'enfant va donc se soumettre mais cependant, pour éviter les punitions, les coups, les injures et les hurlements à l'avenir, il va mettre en place des techniques d'évitement, mentir et surtout se promettre de ne plus se faire reprendre la main dans le sac !
En réalité, il y a bien un apprentissage lié à la violence, c'est l'apprentissage de l'évitement.
Il peut aussi, tout au contraire, se juger méchant et penser que les punitions des parents ne sont pas suffisantes. Il va donc s'auto-punir, voire se mutiler. 

A long terme :

L'adolescent n'a plus peur de ses parents, il a acquis de la force et bien souvent les dépasse en taille : il devient incontrôlable. Nous pouvons l'entendre chaque jour dans les actualités. Il perd confiance en ses parents, il se rend compte qu'ils lui mentent parfois, il ne croit plus aux valeurs des adultes autour de lui et peut aller chercher ailleurs d'autres règles du jeu.
A son tour, il sera plus ou moins violent avec ses enfants, mais aussi avec sa femme / ses amis / son entourage, sans jamais se sentir comme tel. 

Pour conclure sur les résultats, je dirais que les enfants font ce qu'on leur montre, et pas ce qu'on leur dit :

Quelles sont les conséquences d'une éducation violente ?

Les conséquences physiologiques

Nous l'avons vu tout à l'heure, pour contraindre l'enfant, le parent utilise sa supériorité (physique ou mentale). Cela engendre en premier lieu la peur chez l'enfant.
Physiologiquement à quoi sert la peur ? Quand l'affrontement est impossible, que le danger est important, la peur permet à tout mammifère de se protéger contre un danger (réel ou imaginé). Le coeur se met à battre plus vite et le sang descend dans les jambes pour préparer la fuite. L'accuité devient plus forte, le temps s'écoule au ralenti.
S'il ne peut fuir, l'animal peut soit combattre, soit se figer, pour ne pas se faire repérer.

Lorsque aucune de ces solutions n'est possible et que le danger est imminent, le cerveau piège l'information dans le "cerveau des émotions" et coupe la mémoire. On peut alors parler de traumatisme quand des souvenirs enfouis de manière innaccessible donnent lieu à des phobies. C'est une conséquence physiologique de la maltraitance.

Ci-dessous une vidéo indiquant de manière synthétique le fonctionnement du cerveau lorsque c'est la colère qui nous submerge :


Les sciences neurologiques font actuellement des pas de géant et confirment beaucoup de choses sur le fonctionnement du cerveau de l'enfant.

Dans sa conférence sur la colère, Brigitte Oriol va plus loin en indiquant que les conséquences physiologiques de la violence éducative ordinaire peuvent être également :
  • l'obésité 
  • la toxicomanie 
  • l'alcoolisme 
  • les troubles du comportement 
  • les cancers
  • la baisse des défenses immunitaires
  • l'asthme

Les conséquences psychologiques

Les conséquences de la violence éducative ne sont pas que physiologiques. Elle laisse des traces dans le psychisme des adultes en devenir.
Par exemple, quand on nie systématiquement les sentiments et les émotions de l'enfant, il finit par ne plus en tenir compte. "Mais non tu n'as pas mal, c'est rien". "Arrête de pleurer comme une fillette, tu es un homme ou quoi ?" "Mais non c'est rien mon chéri, le monsieur est gentil tu vois, n'ais pas peur."
Que se passe t-il quand on ne tient plus compte de ses propres sentiments ? On ne peut plus se fier à son instinct et donc détecter un danger. Un adulte veut vous toucher, vous amener chez lui, vous offrir des bonbons. Quand on a appris à enfouir ses émotions au plus profond de soi, il y a de quoi se sentir déboussolé, voire faire confiance à cet adulte.

Un petit garçon tape sa soeur. La maman arrive et lui donne une tape sur la main : "Arrête de taper ta soeur !". Quel apprentissage peut-il tirer de cette incohérence ? Que les adultes ont le droit de frapper, pas les enfants ? Si les parents maintiennent cette incohérence tout au long de son enfance, comment réagira t-il lorsqu'il se fera racketer par des plus vieux que lui à l'école ensuite ? Sentira t-il qu'il est en droit d'être en colère ? Que c'est injuste ce qui lui arrive ?

Pour Alice Miller, encore une fois, les conséquences de la pédagogie noire vont bien au-delà :
  • dépression
  • suicide
  • délinquance
  • stress post traumatique
Sur ce dernier point, oui oui vous avez bien lu, une étude a rapporté que certains enfants ayant subi une violence forte présentaient des troubles correspondants à un stress post-traumatique, comme certains soldats ont pu en présenter de retour chez eux après une guerre. Vous pouvez par exemple consulter sur ce point ce document de l'Ovéo dont voici un extrait :
On se méprend beaucoup sur la notion de traumatisme, qu'on assimile à tort à un événement horrifique et exceptionnel. [...] Il y a aussi la foule des malheurs ordinaires inhérents à la condition humaine. S'ils ont été vécus dans un sentiment d'impuissance et de désespoir, ils peuvent eux aussi laisser une cicatrice douloureuse longtemps après les faits. Tous ceux qui ont eu des parents violents, vécu une relation pénible, la mort d'un ami ou même un accident le savent bien. Ils ne présenteront pas forcément tous les symptômes de l'Etat de Stress PostTraumatique » mais « nos recherches nous montrent qu'à un degré moindre de très nombreuses personnes portent la trace du trauma dans leur corps
(à suivre...)

Dans un prochain article, nous verrons pourquoi nous sommes violents avec nos enfants. Et bien sûr, nous verrons ensuite comment faire autrement...

lundi 23 février 2015

Sois sage... (1)


Souvent, dans notre langage courant, nous utilisons cette expression pour désigner en réalité un enfant obéissant

Si je prends la définition du mot ‘sage’ du Larousse en ligne :

Sage : adjectif 1. Qui fait preuve de sûreté dans ses jugements et sa conduite : Avoir la réputation d'un homme sage. 2. Qui se comporte avec calme, docilité : Un enfant sage.

La question se pose : Un enfant sage (docile) devient-il un homme sage (pourvu de sagesse) ?

Et pour commencer à répondre à cette question, je vous en pose une autre : 

Mais qu’est-ce que je veux exactement pour mon enfant ?

A mon avis, il y a deux façon de répondre à cette question :

Réponse A : Qu’il soit facile à vivre, poli, beau, intelligent, calme, silencieux, rapide à exécuter mes ordres, aidant au quotidien, rapidement mature et qu’il quitte rapidement la maison avec un métier pour subvenir à ses besoins. (Et en option qu’il rende malade de jalousie nos voisins et nos amis).



Réponse B : Qu’il sache entrer et être en relation avec les autres, suivre son instinct, s’exprimer avec affection, réagir sans disproportion, dominer sa colère, avoir du bon sens, trouver ce qui lui fait du bien, détecter le danger, qu’il ait la volonté de réaliser ses rêves, d’affirmer ses opinions, d’être heureux. En un mot qu’il soit
E-PA-NOUI !


J’aimerais que les deux réponses soient compatibles. J’aimerais pouvoir avoir une vie simple au présent et un enfant épanoui dans le futur. Plus j’avance, et plus c’est évident pour moi que non, ça n’est pas compatible. Du moins pas dans le rythme de vie que nous nous imposons aujourd'hui.

Un enfant docile et obéissant ne peut pas devenir un adulte indépendant.
Un enfant que l’on possède comme un trophée ne peut pas devenir un adulte qui saura faire ses propres choix et affirmera ses opinions.

La recette pour obtenir un enfant "saaage" (qui corresponde à la réponse A), c’est de le dresser. Ce qu’aujourd’hui on appelle « éduquer » son enfant.
Et encore je dis « dresser », comme l’on dresse un animal, mais sachez qu’en France, au moment où j'écris ces mots, la loi interdit la violence contre les animaux de compagnie, alors qu’elle n’interdit aucune violence à visée "éducative" contre les enfants.

La violence éducative c’est quoi ?
Il s'agit ici de la violence "qui laisse des traces". Celle qui est condamnée par la loi.
Pour mémoire, vous pouvez visionner l'émission "Parents criminels, l'omerta Française" depuis l'émission InfraRouge de France 2 du 22/04/2014 :



Personnellement, je souhaite plutôt vous parler de l'autre violence, la maltraitance, celle qui ne laisse aucune trace physique. Celle qu'Alice Miller appelle "La pédagogie noire". Celle qui a souvent une visée éducative.

Il s'agit de tous les actes ou paroles qui sont dommageables à l'enfant et à l'adulte en devenir. En voici une liste non exhaustive :
  • la moquerie : "tu vas vraiment sortir habillée comme ça ?"
  • la violence physique : fessées, gifles, pincements, tape sur la main, sur la tête ou sur toute autre partie du corps...
  • la violence sexuelle
  • la punition : "pas de jeu vidéo pour toi ce week-end !"
  • l'humiliation : "mais qu'il est con ce gosse !"
  • l'indifférence : faire comme si l'enfant n'est pas là tant qu'il n'a pas fait ce que vous lui demandiez
  • la culpabilisation : "tu penses vraiment que je n'ai que ça à faire ? Nettoyer tes bêtises ?"
  • la responsabilisation démesurée : quand l'enfant devient le parent de son parent
  • le time-out : "va dans ta chambre réfléchir à ce que tu viens de dire !"
  • la négation des sentiments : "mais non tu n'as pas mal, c'est pas grave".
  • le chantage : "tu auras du dessert quand tu auras fini ton assiette !".
  • le chantage affectif: "tu ne voudrais quand même pas me rendre malheureuse ?".
  • la menace : "tu vas voir quand ton père rentrera !"
Évidemment, nous sommes aujourd'hui des virtuoses en matière de combinaison de violences. Par exemple :

parent : gifle (violence physique)
enfant : pleure
parent : "tu l'as bien mérité celle là !" (culpabilisation)
enfant : crie
parent : (la main levée) "t'en veux une autre ?" (menace)
enfant : pleure plus doucement
parent : "comme si je t'avais fait mal !" (négation des sentiments)
enfant : "oui tu m'a fait mal !"
parent : "Arrête de geindre, t'es vraiment qu'une chochotte !" (humiliation)
enfant : pleure
parent : (renversant sa tasse) "tu vois ce que tu me fais faire ?" (culpabilisation)
enfant : crie
parent : "va dans ta chambre immédiatement !" (time-out)


Cette violence endommage les enfants. Tous les enfants, ceux d'hier, d'aujourd'hui ou de demain. 
Dans le monde entier. Cette violence endommage l'humanité et le monde que nous construisons ou celui que nous aimerions construire.


Que dit la loi en France aujourd’hui ?

A l'heure où j'écris ces mots, dans 23 des 27 pays européens, les châtiments corporels sur les enfants sont illégaux.
En France, la loi puni toute violence faite sur les adultes, ou sur les animaux de compagnie. Par contre elle laisse un "droit de correction" aux parents envers leur progéniture, à des fins éducatives.

Cherchez l'erreur...

Et malheureusement 85% des parents français utilisent ce droit de correction, dont plus de 50% sur des enfants de moins de 2 ans.

Un espoir cependant, en juillet 2014, un père a été condamné par la loi à cause d'une fessée "cul nu" donnée à son fils de 9 ans qui le boudait depuis plusieurs jours. Il est possible que cette décision fasse par la suite jurisprudence. Dommage que la peine n'ait pas été la participation à des ateliers de parentalité plutôt qu'une amende...

Bref historique des droits de l'enfant

Jusqu'en 1980, aucun enfant n'était maltraité en France. 
Comment ? Ai-je bien lu ? Oui oui, vous avez bien lu. Les martinets, ceinturons et autres joyeusetés réservées aux enfants de l'époque était considérés comme outils pédagogiques (!) et aucune maltraitance n'a été enregistrée jusqu'alors.
1980, rendez-vous compte, c'était hier ! J'étais même née, c'est dire !

En 1977, est créée la Fondation pour l'Enfance. C'est elle qui la première commence à répertorier les violences faîtes sur les enfants.
Justement sur son site, voici un petit historique des droits de l'enfant. On y apprend notamment qu'"infans", origine du mot "enfant", signifiait "Celui qui ne parle pas". Cela résume bien l'idée que l'on s'est faite dans notre société de l'enfant à travers les âges et jusqu'à ce que la convention internationale des droits de l'enfant voit le jour le 20 novembre 1989.

(à suivre...)

Et bien sûr, nous verrons comment faire autrement...



mardi 17 février 2015

Il me cherche !

Aujourd'hui j'ai eu le plaisir d'écouter Isabelle Filliozat via le site Apprendre à éduquer qui publie chaque semaine des articles très intéressants.
Dans cette interview de Sud radio, Isabelle présente la trame de son nouveau livre "Il me cherche".



Pour les parents d'enfants entre 6 et 11 ans, comme moi, je pense que ce bouquin va être une mine d'information ! Ce qui le différencie des autres livres sur l'enfance, c'est qu'Isabelle met un point d'honneur à expliquer le fonctionnement neuronal des enfants et donc montre comment s'adresser à ses enfants pour, par exemple, capter leur attention.

Je vous laisse donc en bonne compagnie :-)
 

lundi 9 février 2015

Je n'en peux plus...

Parce que la vie d'un parent bienveillant n'est pas une mince affaire, parce que parfois c'est trop dur, cela demande trop de ressources, parce qu'on en peut plus, voici un vidéo sur le burn-out maternel (et pourquoi pas paternel ?).

Comme dit le proverbe africain :
"Pour qu'un enfant grandisse, il faut tout un village"
Cela signifie qu'un enfant se nourri non seulement de la relation à ses parents, mais aussi de la relation avec tout son entourage.
Pour moi, ce proverbe a une autre signification : aujourd'hui les parents sont souvent seuls pour élever leurs enfants. Les grand-parents sont loin, les amis débordés eux aussi. Et il arrive même que dans un foyer les adultes soient en minorité. 
Il faut tout un village pour élever un enfant, mais combien pour en accompagner deux, trois, quatre voire plus ?

Cette maman résume bien ce qui nous arrive, quand, dépassés, nous sommes au bord de la rupture :

vendredi 6 février 2015

Mange !

Aujourd'hui j'ai découvert avec émotion cette petite vidéo.
Je crois qu'un jour ou l'autre, tous les enfants découvrent que pour pouvoir manger de la viande, quelqu'un, quelque part, a dû tuer un animal. Comment réagir vis à vis de ces questions ? Un enfant végétarien peut-il grandir normalement ? Ne risque t-il pas d'être carencé ?
Si vous vous posez ce genre de question, vous trouverez sur le site de l'Association Végétarienne de France une mine d'information.

Je vous laisse en compagnie de Luiz, merveilleux petit bonhomme :

 

vendredi 9 janvier 2015

Tous responsables


Ce matin j'ai reçu dans ma boite mail les mots pour le dire. Merci Isabelle Filliozat pour cette Newsletter qui exprime exactement ce que je ressens depuis deux jours :


Vous pouvez retrouver Isabelle sur son site http://www.filliozat.net/ ou sur le site de son école, l'EIREM : http://www.eirem.fr/

jeudi 8 janvier 2015

Au dodo les petits !

"Qu'il ne fasse pas ses nuits ... à la rigueur, mais qu'il nous laisse faire les nôtres !"
Guide de survie à l'usage des parents

Voilà un moment où il est bien difficile de rester "bienveillant" : au moment du coucher.
Votre enfant ne dort pas ? Il est fatigué, ronchon le soir ? Il mange peu ou mal ? Le repas du soir est une vraie calamité ?

Vous souhaitez qu'il s'endorme en 5 minutes, autour de 20h et se réveille le lendemain à 7h frais et dispo sans vous avoir dérangé une seule fois la nuit ? 
Vous avez envie d'un enfant en pleine forme la journée, qui mange, le teint frais et la mine réjouit ?
Et surtout vous cherchez à rester bienveillant, sans élever la voix, sans le laisser pleurer seul, sans même peut-être renoncer au co-dodo qui vous est cher et sans utiliser de sirop dors-bien, hein, ni de tranxène ...
Bon et puis, fait non négligeable : vous voulez dormir vous aussi. 


Que votre enfant soit petit ou grand, vous avez peut-être cliqué sur le bon lien. 

Chez nous, nous avions essayé beaucoup de choses :
Avec l’aîné, quand il était tout petit, ce fut de le laisser pleurer, sur les conseils de notre entourage. Au bout de trois quart d'heures horribles et d'un gros vomi (literie à changer, pyjama, etc) nous avons récupéré un enfant complètement paniqué et absolument pas près à dormir et des parents jurant qu'on ne les y reprendrait plus. Il a finalement fait ses nuits à 6 mois, ce que, à l'époque, je trouvais tard (rire).
Avec le second nous avons "lâché-prise" et consolé, câliné, usé notre énergie à force de peu de sommeil. Il a dormi de vraies nuits (c'est à dire 3 nuits d'affilées de 20h30 à 7h sans aucun réveil) à 5 ans, c'est à dire 2 semaines avant la naissance de sa sœur. Je me souviens de périodes où il se réveillait chaque nuit au moins 4 fois. Nous avons testé plein de méthodes douces, et nous nous sommes relayés. Nous avons tenu, à la force de notre mental.
Avec la petite dernière, au bout d'un an et demi sur ce rythme, je voyais bien que nous ne pourrions pas aller plus loin sans faire de vrai dégâts familiaux.

Clairement nous avions un problème. Mais vu le besoin (voir plus haut), les méthodes ne sont apparemment pas légions...

J'ai d'abord été tentée par la méthode Pantley, avec son livre "Un sommeil paisible et sans pleurs". 
Synthétiquement, il s'agit de 
- établir un planning (ce que l'on souhaite)
- utiliser un rituel du coucher avec apaisement de l'ambiance le soir avant d'aller au lit
- noter assidûment sur une fiche les différents heures de réveil nuit et jour et les rituels utilisés.
- à chaque réveil, rendormir son enfant de la méthode la moins proche de vous, et si ça ne fonctionne pas, le rapprocher (par exemple bercer son bébé, s'il ne s'endort pas au bout de 20 minutes ou si ses pleurs augmentent le mettre au sein / le caresser dans son lit, s'il ne s'apaise pas le bercer / etc). Ne pas le laisser s'endormir tout à fait et le poser dans son lit juste avant. S'il pleure à nouveau, recommencer, etc...
- voir la quantité de sommeil de son bébé augmenter grâce aux fiches, tous les 10 jours.

Cette méthode n'a pas fonctionné chez nous pour plusieurs raisons :
- la principale, c'est l'épuisement et l'envie de voir mon bébé se rendormir vite vite. 
- avec trois enfants, l'ambiance du soir est toujours festive. C'était impossible pour nous, sans mettre les deux grands en pension, d'avoir une ambiance calme.
- le temps qu'elle prend et surtout la durée. 

Et puis, merveille des merveilles, nos amis Alexandre et Elsa nous ont mis entre les mains ce bouquin : "Au dodo les petits" d'Anna Wahlgreen. (Oui d'ailleurs, je n'oublie pas de vous le rendre, non non). C'était le 2 novembre 2014 exactement.


Ça semblait trop beau pour être vrai.  

Et pourtant, nous sommes passés de :
  • un endormissement en minimum une heure et demie (20h30 - 22h), en restant allongé près de notre enfant
  • quatre réveils nocturnes dont un avant minuit, rendormie au sein systématiquement.
  • un réveil final vers 6h
  • une sieste de 30 minutes à une heure maximum
(soit 8h à 9h de sommeil par jour à 20 mois)
à
  • un endormissement en 15 minutes (voire 2 minutes quand le second reste dans la même pièce à dormir avec elle) à 20h30
  • plus aucune soirée avec réveil dès le début 
  • des nuits jusqu'à 7h30 avec 1 seul réveil rendormie facilement (en général)
  • un arrêt complet de l'allaitement nocturne sans problème
  • une sieste de 1h30 avec parfois un réveil au milieu.
 (soit 12h30 de sommeil par jour aujourd'hui à 22 mois)

Et ce rythme a pu reprendre normalement après une roséole et une grippe (40° pendant 3 jours).

Le plus : à présent n'importe qui peut l'endormir, et n'importe où pour peu qu'on respecte l'horaire.

Franchement, nous revivons. Nous étions tous épuisés. Et puis pouvoir passer des soirées en amoureux, sans être dérangés, sans stresser, et sans garder le babyphone à proximité... j'en ai révé, Anna l'a fait !

Alors vous allez me dire, mais comment fait-on ?

D'abord, il faut se procurer le livre, directement sur le site d'Anna (je ne l'ai pas trouvé en vente ailleurs à un prix raisonnable). Livraison comprise cela revient à 25.18€.

Ensuite il s'agit de le lire et le relire (personnellement je l'ai lu 3 fois en un mois).

Voici ce qui me semble être les fondations de la méthode (des découvertes pour moi) :

La sécurité

Un petit chat appelle fort sa mère. Sa mère vient et l'emporte dans sa gueule. Quel a été son ressenti de chaton ? "J'ai senti un danger, maman est venue, elle m'a sauvé."
Un bébé pleure dans son berceau. Sa mère vient et le prend dans ses bras. Quel a été son ressenti d'enfant ? "J'ai senti un danger, maman est venue, elle m'a sauvé."

L'enfant assimile rapidement son lit à un lieu dangereux, puisque maman ou papa vient toujours le "sauver" . 
Cette vision des choses a été capitale dans ma façon de gérer l'endormissement. Car il est bien évident que le lit de notre enfant n'est pas dangereux ! Il est normal et compréhensible qu'un enfant seul dans une chambre sombre prenne peur, mais il n'est pas normal que nous leur laissions croire qu'ils sont effectivement en danger ! Notre job est bien de leur faire sentir que tout va bien au contraire, non seulement à travers nos mots, mais aussi par nos actes.

L'attitude d'évidence

La nuit rien ne se passe. C'est l'attitude qui garantie la sécurité à l'enfant. Quand on est convaincu que la nuit on dort et que rien d'autre ne peut arriver, lorsque l'on est calme nous même, alors l'enfant peut trouver son sommeil lui même et dormir paisiblement. Et se rendormir seul quand il se réveille, puisqu'il est en sécurité dans cette chambre.

Les besoins de sommeil

Dans le monde de "l'alternatif" depuis longtemps, j'avais fini par me convaincre qu'un enfant qui ne dort pas, c'est un enfant qui n'a pas sommeil. Et que ma fille était une "petite dormeuse".
J'ai découvert, en comparant son temps de sommeil avec ce qui est prévu dans les livres qu'il manquait à ma fille près de 4h de sommeil par jour.
Comment un enfant peut-il se développer convenablement dans de telles conditions ?

Des bénéfices collatéraux inattendus

Dans son livre, Anna explique qu'un enfant qui dort mieux va tout d'un coup voir son appétit augmenter, ses acquisitions faire un bond, sa croissance s'accélérer. Cela semble des plus logique et nous avons pu le vérifier (ainsi que "le rose au joue" dont elle parle également).
Elle indique aussi, et là j'étais plus sceptique, qu'un enfant qui commence à dormir correctement va tomber malade, car son corps, trop fatigué jusqu'alors pour faire son travail d'élimination, va tout à coup avoir de l'énergie pour faire une grosse fièvre. Nous avons pu aussi le vérifier ! Roséole, grippe = petites nuits, petits appétits...
Et enfin, encore plus étonnant, des parents qui dorment tout à coup des nuits entières vont être en mode zombie pendant deux à trois semaines. Là je pense que c'est notre entourage qui pourrait témoigner :-)

Vous pouvez lire la présentation de la méthode ici, et je vous propose une synthèse de ce que nous appliquons à la maison ci-dessous.



Le déroulement d'un accompagnement du soir :

  • il est l'heure d'aller au lit (20h15), nous avons notre petit rituel brosse-à-dent-histoire-bisous-à-tout-le-monde.
  • nous montons dans notre dortoir.
  • nous faisons le jeu de la pizza, une bonne partie de rigolade, avec ou sans ses frères qui parfois se joignent à nous attirés par les rires (5 minutes)
  • puis nous éteignons la lumière (je laisse une petite veilleuse, contrairement à ce que la méthode recommande, pour son frère qui reste souvent avec elle)
  • je le couche ou elle se couche toute seule sur son oreiller sur le "matelas des enfants"
  • je pose mes mains en éventail sur elle (son dos ou son ventre en fonction de comment elle s'est couchée, directement ou sur la couverture)
  • je compte 10 secondes, un appui ferme, je me lève et je sors en disant "Bonne nuit, à demain" et en refermant la porte derrière moi. 
  • Invariablement elle râle.
  • je redis 3 fois "Bonne nuit, à demain". C'est la comptine dont parle Anna dans son livre. Il est 20h30.
  • au début, elle pleurait, se levait, venait derrière la porte.
  • alors je lui resservait la comptine (les 4 vers). Un grand moment de silence puis à nouveau je disais la comptine en fonction de ses "questions" ou de sa "colère".
  • confirmation, une dernière fois "Bonne nuit, à demain".
La comptine sert à dire à l'enfant (grâce au ton que l'on emploie) "tu es en sécurité, tout va bien, je suis juste là, je reste avec toi et je vais t'accompagner jusqu'à ce que tu t'endormes". Et une fois qu'il fait silence et qu'on sent que le sommeil arrive, on lui ressert la comptine. Les premières fois ça le réveille, il réagit à nouveau, mais c'est important de le faire pour dire "maintenant que tu as trouvé le calme, je retourne à mes activités, je ne serais plus derrière la porte". C'est comme ça que je l'ai ressenti et j'ai eu l'impression d'être honnête avec ma fille.
En comparaison, avant je restais près d'elle jusqu'à ce qu'elle s'endorme, et partait sur la pointe des pieds... du coup elle se réveillait en panique en constatant que je n'étais plus là.

La première fois, je suis restée 45 minutes derrière la porte. Elle s'est levée plusieurs fois, et à ma grande surprise est retournée se coucher d'elle même jusqu'à trouver le sommeil. Bien sur elle s'est mise en colère, a beaucoup pleuré, mais j'étais là, près d'elle, et ce que je disais semblait faire "effet" puisqu'elle se taisait quand je disais la comptine. Je n'ai jamais eu l'impression de l'abandonner. 
La méthode indique que l'on peut entrer sans un mot, recoucher l'enfant, repositionner les mains et recommencer si vraiment on sent qu'il est "triste". Mais je n'ai pas ressenti l'envie de le faire.

Les fois suivantes ont été plus courtes et en 10 jours nous ne la couchions plus qu'en 15 minutes maxi (même pas le temps de lire une BD assise devant la porte !)

La méthode est très complète et explique beaucoup de cas particuliers et normaux. Par exemple vous pouvez l'utiliser avec un lit à barreau classique, et rester dans l’entrebâillement de la porte de façon à ce que votre enfant ne vous voit pas mais voit la lumière du couloir par exemple. Il ne doit pas pouvoir venir vous rejoindre, c'est pourquoi chez nous, nous avons choisi de fermer la porte.

Anna indique qu'on ne peut pas l'utiliser avant l'age de 4 mois. En effet, entre 0 et 4 mois, l'enfant est trop petit et à un grand besoin de contact et de peau à peau. Il ne peut pas dormir toute un nuit sans manger également.

Je partage cette découverte avec vous car je pense que nous avons tout à gagner à sa diffusion. Nous méritons tous un sommeil réparateur : enfants, parents. Et nos enfants méritent aussi d'avoir des parents pleins de ressources et de créativité, d’enthousiasme et de joie. Tout ce à quoi contribue un sommeil de qualité.

Alex, Elsa, merci de tout cœur d'avoir sauvé nos nuits !


Addendum du 08/11/2016 : Eric Viard et son équipe viennent de rééditer le livre qui était épuisé, il est désormais disponible sur www.biovie.fr et ils ont aussi ouvert un groupe fb sur le sujet : https://www.facebook.com/groups/1165163280186519

Addendum du 12/12/2016 : Sarah Bussenot propose un livret d'une quizaine de page qui reprend les étapes évoquées dans "For the Love of Children" et "Au dodo les petits". 

Elle y présente "Le modèle Standard". 
"Le but est de permettre à n’importe qui de se faire une idée sur la philosophie d'Anna et de présenter le modèle standard de manière très concrète."
Merci à elle pour ce travail !